Where to?

JOUR 2 - Le miracle de l’ordinaire

« Ăn quả nhớ kẻ trồng cây. Quand on mange le fruit, on n'oublie pas celui qui a planté l'arbre. » – Proverbe vietnamien

« C'est ça, le Vietnam qu'on est venus voir », lance Giuseppe en milieu de matinée, debout au milieu des pentes de thé vert, respirant à pleins poumons ces rencontres bienveillantes, l'esthétique colorée des Thaïs et ces paysages de rizières en terrasses à couper le souffle.
Aujourd'hui, on a fait un bond de géant.
 
Pour beaucoup, ça a commencé par un « choc thermique ». Comment appeler autrement ce passage d'un petit-déjeuner italien (brioche sucrée, confiture et café) à la traditionnelle soupe Pho vietnamienne, avec son bœuf ou son poulet et ses épices puissantes ? Tous ne sont pas prêts pour ce défi, mais je suis heureuse de voir la majorité se prêter au jeu de l'expérience culturelle.
Et là, on zoom. Fini le survol de la culture ! Place à la lenteur et à la profondeur.

On nous confie des vélos qui sortent tout droit du vieux film italien « Le Voleur de bicyclette », et l'aventure commence… Direction le cœur du Vietnam. Pas un musée ethnographique, pas un spectacle en costumes traditionnels pour montrer aux touristes des danses locales anciennes depuis longtemps oubliées, mais un voyage sur une planète appelée « Vie Quotidienne ».

Soudain, tous les cycles de vie d'une plante de riz s'offrent à nos yeux et nous entourent : les pépinières inondées, le riz fraîchement planté, la moisson. « Tout ça prend environ 4 mois », explique David. On voit les machines préparer le sol, on voit des hommes, mais surtout des femmes pulvériser des pesticides, on voit la moitié du village moissonner. Puis notre guide David s'approche pour nous révéler où se cache le « bébé riz » avant d'être mûr… à l'intérieur de la tige ! Je me porte volontaire pour goûter, comme si l'avaler faisait de moi l'une des leurs. Et c'est ça que je veux (!) : devenir partie prenante de cette nation d'une gentillesse et d'un soin constants, ne serait-ce que le temps de mon séjour ici. C'est légèrement sucré et tendre.

L'odeur du jour ? Le parfum de la cannelle. Dès cet instant, elle imprégnera ma mémoire.
J'inspire, j'inspire, j'inspire… Je n'en ai jamais assez. Trois femmes sont assises parmi des bâtons et des rouleaux de cannelle, les triant en différents tas. L'écorce devient l'épice, les feuilles donnent de l'huile et le bois est transformé en contreplaqué. « Rien ne se perd ! », affirme David. Un morceau de cannelle voyage directement de ce tas jusqu'à ma bouche, puis mon estomac. Toute autre cannelle que j'ai pu goûter dans ma vie perd tout sens après ce spa sensoriel direct du champ.

La balade à vélo de Nghia Lo cède la place à un autre village de l'ethnie ThaïNam Cuom – où l'on perd la notion du temps. Aujourd'hui, le village a perdu l'un de ses pères dans un accident de mine de pierre, les funérailles battent leur plein, mais même dans ces moments difficiles, ses habitants nous accueillent avec chaleur et sourires. Un groupe de garçons nous accompagne pendant une heure et certains d'entre nous prennent un moment pour jouer au foot avec eux. Des femmes thaïes accueillent notre bande d'étrangers dans la maison d'une dame de 95 ans, nous offrant des pêches vertes avec du sel. Chaque personne croisée dans la rue, dans les champs, devant sa porte, semble nous considérer comme faisant partie de sa famille humaine. Chacun d'eux nous paraît beau. On ne se lasse pas d'immortaliser leurs visages et leur gentillesse dans nos mémoires et nos photos.
 
tu-le_group Bien sûr ! Nous sommes magnifiques ;-) | Mr Linh's Adventures
« Vous êtes tous beaux ! Vous avez la peau si blanche ! », nous renvoie le compliment une femme thaïe timide.

La pastèque la plus douce du monde, un déjeuner vietnamien savoureux et abondant et une pause café paisible qui nous donne le temps de digérer nous emmènent vers notre dernière balade découverte à travers la vie locale du village de Tu Le. On apprend à différencier les H'mong par leurs vêtements. On commence à comprendre pourquoi on ne voit presque que des femmes et des enfants. On vit le cycle de vie quotidien d'un village. On voit comment ces communautés auraient pu être complètement autonomes il y a encore 20 ans. On est comme Alice au Pays des Merveilles.

Et puis, à un moment, en marchant derrière le groupe, j'entends Enrico, un membre plutôt réservé et réfléchi du groupe, donner voix à sa pensée :
« Tout ça, ici, c'est beaucoup de travail. »
Et ses yeux indiquent qu'il parle de tous ces magnifiques champs de riz, de maïs, de thé vert et de cannelle qu'on admire depuis le début de la journée comme des gens dans un musée d'art.
En effet. Tous ces beaux paysages autour de nous, tout ce qu'on a pris en photo, ce n'est rien d'autre que le travail acharné et la sueur de milliers de personnes.

Une vue avant le coucher du soleil depuis le col de Khau Pha sur certaines des plus belles rizières en terrasses du Vietnam nous fait oublier les dos douloureux et les chemises sales et trempées de sueur de ces Thaïs et H'mong travailleurs.

Ce soir, nous sommes accueillis à l'homestay H'mong avec la plus belle vue et le plus particulier récipient d'« Eau du Bonheur » (une corne de buffle d'eau) de la région, et on croque à nouveau la pastèque la plus douce du monde, provenant de plantes que quelqu'un a cultivées, pour qu'on puisse être heureux.

 
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