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JOUR 3 : Impressionnistes entre deux mondes

« À partir d'aujourd'hui, je ne l'appelle plus un voyage de trekking, je l'appelle un voyage de photographie », lance David pour ouvrir la journée, taquinant notre groupe qui ne cesse de s'arrêter pour prendre des photos. Chaque sourire, chaque timidité, chaque écharpe colorée, chaque flaque de riz – bref, chaque instant et chaque objet est immortalisé par les 12 appareils photo du groupe. Chacun de nous ralentit le groupe à différents moments, pris par l'urgence de photographier. Ou plutôt par l'espoir que prendre des photos aidera toute cette beauté à rester avec nous pour toujours.

Si vous pensez qu'en deux semaines de voyage, on ne peut pas aller plus profondément et plus près des habitants que ce qu'on a fait hier, alors aujourd'hui prouve le contraire. Aujourd'hui, on se fie presque entièrement à nos pieds – chaussures de randonnée, bâtons de marche et, plus important encore, l'émerveillement devant des endroits où l'on voit à peine des touristes, qui nous emmènent à travers 15 kilomètres du dur labeur de quelqu'un. Du travail pour eux, de l'art pour nous. Marcher est indéniablement la meilleure façon de faire du tourisme lent, le meilleur chemin pour vraiment voir, expérimenter et comprendre.

Pour aujourd'hui, la région de Mu Cang Chai a signé un contrat avec le Grand Météorologue – les mélodies des gouttes de pluie m'ont bercée toute la nuit, tandis que le matin est agréablement couvert de nuages, ni froid ni chaud, jusqu'à ce que le soleil vienne nous ouvrir le studio d'art impressionniste l'après-midi.
 
rice-fields Scène de la vie quotidienne : le repiquage du riz | Mr Linh's Adventures
 
Notre chemin nous fait monter et descendre les collines, passant par des villages traditionnels Flower H'mong, croisant beaucoup de gens au travail. C'est fou comme le changement de vallée décale le calendrier de culture du riz – dans une vallée, on voit une énorme quantité de jeunes plants de riz, tandis que dans la suivante, des plants de riz adultes sont déjà transplantés dans leur nouvel et dernier habitat. Nous avons la chance de voir le sol des rizières préparé par des buffles d'eau – aujourd'hui où toute la société utilise des machines !

Et est-ce qu'on finit par s'ennuyer ? À voir les mêmes vêtements traditionnels, les gens faisant les mêmes activités sur les mêmes rizières en terrasses ?

Près de la fin de cette journée de marche, nous sommes « coincés » encore une fois devant l'une de ces magnifiques vues sur les rizières en terrasses, quand j'entends soudain la voix presque insatisfaite de Morena (une globe-trotteuse et « libre-penseuse » comme moi), disant :
« Je prends 5 photos de la même chose, mais aucune n'est la même ! »
Et puis, une demi-heure plus tard, juste avant de retourner à notre homestay : « C'est encore un vert différent, qu'on n'avait pas encore eu ! »

Son insatisfaction ressemble plus à du désespoir. Aujourd'hui, nous sommes probablement tous pris par ce désespoir, ce même sentiment de ne pas en avoir assez. Comme si vous buviez et buviez et buviez, mais que vous aviez toujours soif.
 
day-3_group Les nouveaux impressionnistes ;-) | Mr Linh's Adventures
 
Nous sommes comme les impressionnistes du 19e siècle, essayant de capturer chaque couleur et chaque changement de lumière sur la toile, à la seule différence que notre toile, c'est l'appareil photo. Et nous atteignons à peine d'autres couleurs que le vert, parce que déjà les verts – ici, dans cette région du Vietnam, il y en a des centaines ! Et nous sommes insatiables, sachant combien de lumières nous allons manquer car le temps de randonnée est limité à une journée.

Aujourd'hui, c'est aussi cette phase du voyage où notre amour pour les couleurs et les coutumes locales nous fait vouloir être un peu comme eux, avoir quelque chose d'eux en souvenir, tout comme on veut avoir des souvenirs de nos proches. Aujourd'hui, les bracelets locaux apparaissent autour de nos poignets, certaines têtes se font protéger et décorer par ces incroyables foulards des femmes Flower H'mong et les plus courageux s'habillent même de leurs vestes.

Et du côté ombre, pendant la pause déjeuner, j'entends mes amis italiens dire qu'ils leur manquent la cuisine italienne, sa variété, et le changement de repas quotidien. « Ici, c'est toujours le même choix, le même riz, la même omelette, même si c'est délicieux. » J'ai du mal à me mettre à leur place – non pas parce que je ne savais pas ce qu'est la cuisine italienne, non pas parce que je n'avais rien à manquer dans ma propre cuisine estonienne, mais juste parce que ça fait si longtemps que j'ai appris à être là où je suis et à m'adapter – probablement en 1998, quand j'ai vécu en France pour la première fois. Sinon, je n'aurais pas survécu.
 
day-3_sharing-food Apprivoiser petit à petit de nouvelles saveurs | Mr Linh's Adventures

Donc c'est cette journée ambiguë où le nouveau monde commence à devenir cher et où le manque de certaines habitudes et coutumes de la maison commence à pointer le bout de son nez. Mais rien de tout cela ne peut jeter d'ombre sur les couleurs et les lumières changeantes de ce paradis des impressionnistes…

Quels sont vos mots-clés pour cette journée ?
« Couleurs et lumières. » « Dignité de ces gens. » « Leur simplicité. » « Travail acharné. Fatigue. Mais toujours le sourire. »
« Couleurs ! Mais je veux dire toutes les couleurs, aussi les couleurs humaines – leurs visages, si souriants, si brillants, si beaux – ce sont des couleurs aussi ! »

Je ne sais pas si les impressionnistes ont déjà réalisé qu'un visage humain est aussi une lumière et une couleur changeantes. Comment Claude Monet immortaliserait-il les couleurs et lumières de ces visages sur sa toile ?
 
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